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 Le sentiment d'abandon

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Pensez-vous que le sentiment d'abandon a été un facteur déterminant de votre agoraphobie, phobie sociale et/ou trouble panique?
Oui et non, ce n'est qu'un facteur parmi d'autres
25%
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Oui, c'est un facteur important
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Non, je pense que mes symptômes viennent d'ailleurs
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lilie
Admin


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Messages : 13077
Date d'inscription : 07/09/2010

MessageSujet: Le sentiment d'abandon   Mer 2 Mar - 12:49

Voici un article de Virginie Megglé, que j'ai trouvé très intéressant et qui peut aussi accompagner le sujet de Steph (auquel personne n'a encore osé répondre ):

http://www.entraide-ago-ps.com/t415-la-dependance-affective

ABANDON ET SENTIMENT D'ABANDON


(...)

Cette solitude, lorsqu’elle est mal vécue, c’est-à-dire subie comme une injustice ou accompagnée d’une sensation de trahison, semble bien caractériser le sentiment d’abandon. Qu’il se manifeste dans une situation qui suffise à le justifier ou dans une autre qui l’induit sans pour autant l’expliquer ; qu’il soit compréhensible ou insupportable pour celui qui le vit ou pour celui qui le constate.

L’abandon, anciennement « à bandon », trouve son origine dans la langue germanique et signifie littéralement « au pouvoir de ». Le verbe abandonner qui en découle signifiant l’action de quitter… de cesser de s’occuper… de livrer au pouvoir de… Il en irait pour la personne qui éprouve éloignement, séparation ou opposition comme de l’abandon de ne pouvoir supporter d’être différenciée de l’autre sans se sentir désespérément livrée à soi-même ou à on ne sait quelles forces du mal. Sans raison d’être si ce n’est celle de reconquérir, par tous les moyens, le cœur, la présence de celui qui la quitte.

Expression d’une souffrance dans la relation à l’autre, le sentiment d’abandon se traduit par toutes sortes de manifestations, repli sur soi, dépression, exil, pleurs, conduites d’anxiété, agressivité, auto-mutilation. Et s’accompagne souvent de sentiments corollaires tels celui d’injustice, d’impuissance ou d’insécurité… Et parfois leur contraire. Il prend sa dimension dans l’intime. Dans l’histoire de la personne. Génère parfois de la violence – colère, révolte, défi provoquant - et à l’opposé, retraite, soumission, paralysie. L’un ou l’autre, en général dans la démesure. Difficile à porter sur la place publique, il doit être pensé et appréhender à cœur ouvert.

(...)

Le Petit Poucet suggère à ceux que leurs parents oublieraient de rejaillir en faisant appel à l’invention, à l’imagination, c’est-à-dire à leurs forces créatrices. Et propose de s’emparer des difficultés de la vie comme d’une occasion de s’ouvrir à seconde naissance. De devenir auteur de soi-même et responsable, plutôt que de s’accepter condamné à l’impuissance, résigné au martyr, sans moyens de réagir sitôt que l’on se sent délaissé. D’une façon symbolique, cette séparation brutale, qui en tous points mettrait en évidence l’indignité des parents, s’avèrerait souhaitable si ce n’est essentielle, pour rompre (de part et d’autres) avec les liens de dépendances infantiles. On peut voir dans ce conte une métaphore de la nécessité de marquer la distance entre parents et enfants et d’encourager ceux-ci à l’éloignement.

Face à cette histoire, celle de « Tanguy » dans le film éponyme d’Étienne Chatillez, n’est guère plus enviable. L’enfant comblé, qui ne s’est jamais senti abandonné, refuserait la nécessité de la séparation.


DU SENTIMENT D'ABANDON

Le ressort de certains enfants frappés, dans des circonstances réellement tragiques, par un abandon réel m’a souvent éblouie. Quand la mort par exemple s’immisce soudain dans leur vie pour supprimer un de leurs parents. Parfois les deux. Leur capacité à rebondir est surprenante. Tels des adultes pour qui la perte de leur parent entre dans l’ordre des choses, ils évoluent de façon positive dans le réel.Parvenant à relever plutôt bien les défis qu’ils se lancent. Pudeur, détermination, aspiration à la libération quand la maladie grave a précédé la mort, caractérisent leur comportement. Il leur faut aller vers l’avenir, vers de nouvelles expériences. Oublier un passé qui les a pris en traître, ne pas laisser prise à l’infinie tristesse. Leur décence fut plus d’une fois une véritable de leçon de vie que je tirai à leur contact. Nécessité fait loi. En contrepoint, l’intensité du sentiment d’abandon qu’éprouvent d’autres enfants lors de l’apparition d’un petit frère ou d’une petite sœur peut étonner. Faut-il entendre qu’au plus l’acte qui condamne à une solitude à laquelle on n’aspire pas est cruel, au moins on a le temps de pleurer sur soi ? Sans pousser aussi loin, on peut penser que lorsque l’exigence de survie en appelle à l’urgence, elle ne permet pas de se retourner en arrière (si l’on choisit la vie). Implacable leçon.

La souffrance de ceux que la solitude torture ne peut cependant être mise en doute. La logique de l’inconscient n’est pas la logique (de l’)ordinaire. Aussi dérisoires que certaines paraissent au premier abord, il n’est de peurs fortuites. Elles font échos, en général à des expériences de la toute petite enfance qui n’ont pas été re-pensées. Le sentiment d’abandon reste lié en général à une expérience douloureuse dont on n’a pas fait le deuil et dont le souvenir persévère en sourdine. Ou à une expérience refoulée qui pousse à ne pas parler de soi mais à s’apitoyer sur le sort des autres et à projeter sur lui des états d’âme que l’on n’ose exprimer (pour soi). Que ces dernières aient été vécues directement par ceux qui en expriment les séquelles, ou indirectement, et en ce cas transmises, comme un mandat familial, à travers sensations et émotions, dans l’étroite communion de la dyade maman bébé. Quand ce sentiment ne répond pas à un acte (à-priori) repérable, on s’aperçoit qu’il est conditionné par des attitudes, des émotions, des comportements parentaux, familiaux, structurels, imperceptibles, de l’ordre de l’impensé familial.

L’abandon réel ou ressenti peut s’imprimer de façons différentes chez l’un ou chez l’autre, et invite chacun à des réponses singulières. Il peut être, il devrait pouvoir être, source d’invention et occasion de maturation.

Chez certaines personnes particulièrement vulnérables, le sentiment d’abandon s’impose tel un véritable handicap. Vécu comme une torture, il se répercute de l’imaginaire sur le réel à travers des conduites d’échecs ou des difficultés : scolaires, pour un enfant, professionnelles, pour un adulte, affectives et passionnelles chez l’un comme chez l’autre. Cauchemars, refus inexplicables d’accomplir ce qui dans un temps précédent était source de défis heureux,et tout autre signe de détresse,en sont l’expression courante.

(...)

Ainsi plus que dans l’événement qui l’a déclenché, l’abandon prendrait son sens dans le sentiment qu’il imprime et diffuse à celui qui s’en ressent l’objet. Et l’intensité, la portée dramatique et l’inscription dans le réel de ce sentiment ne seraient pas relatives à la férocité apparente de l’acte qui l’induit, mais déterminées par le contexte historique familial, générationnel et émotionnel. Par le sens de l’histoire qu’il transmet au sujet. Et les réponses singulières que celui-ci imagine.


DE LA TRANSMISSION DU SENTIMENT D'ABANDON

Un sentiment d’être réduit à la solitude peut survenir et manifester son emprise chez un enfant dont la mère est happée par la disparition d’un être cher ou bien chez celui dont la mère vient de mettre au monde un nouveau bébé. L’enfant, dont la mère est aspirée par la mort, se sentira tiré vers le fond, de façon forcément douloureuse. Détermination et inventivité lui seront nécessaires pour résister à l’appel du vide que représentent les « absences » réelles ou symboliques de la mère. Tandis que pour l’autre, celui qui a l’impression de perdre sa mère parce qu’il ne l’a plus pour lui tout seul, et qui craint que « le nouveau bébé n’efface l’ancien », l’absence de la mère pourra être acceptée comme une invitation à grandir. Une occasion de s’accomplir, en tant qu’être humain et non plus seulement comme « le bébé de maman ». Si des conditions aussi favorables que possible sont réunies, l’enfant trouvera l’énergie de se surpasser et donc de renoncer aux avantages liés à l’état de bébé pour conquérir ceux de l’aîné. Il cèdera un ancien statut pour l’accorder au nouveau né et en acquérir un plus valorisant, sur la voie de la maturité.

Dans l’un et l’autre cas, la traduction du sentiment qui accompagne la défection maternelle s’inscrira de façon plus ou moins douloureuse. L’un, passage sans trace traumatique, est une occasion d’advenir à soi-même, de se différencier, de se découvrir seul, de s’émanciper, et donc source de fierté heureusement narcissisante. Il offre l’occasion, sauf configuration familiale problématique, de se développer en s’affirmant sujet (autre). Autre que maman, autre que bébé. Passage obligatoire, il engage à grandir. À aller dans le sens de la vie.

Le second, plus éprouvant en son essence, pourra plonger l’enfant dans la dépression (maternelle) ou le désarroi. Soumission ou révolte, pour supporter l’insupportable, l’enfant invente, à défaut de savoir faire autrement, toutes sortes de « programmes de survie » : repli anorexique, appel à la fusion… mutisme, insomnie, ou tendance à l’hyperactivité comme s’il fallait se faire entendre à tout prix, se prouver que l’on existe, ne pas se laisser oublier… Il peut encore « se blinder » et devenir « méchant » pour résister à ce qu’il ressent comme une agression (mortifère) ou une dépossession de lui-même. Mouvements de colère, obstination, manifestations d’amour ou de haine démesurées, et toute autre conduite excessive, viennent combattre le sentiment de mort que lui communique de corps à corps, de sensibilité à sensibilité, au-delà des mots, sa mère par ses « absences ».

Ainsi, une mère, emportée par la mort ou le souvenir d’un être cher (signifiant), « abandonnerait-elle son enfant » en quelque sorte à lui-même, même si elle est physiquement présente. Laissant germer en lui l’impression qu’il est tombé dans l’oubli, livré à tous les vents, sans protections à l’intérieur desquelles se construire, sans contenance. Il peut se sentir démuni, quantité négligeable, quand sa mère ne sait plus s’occuper de lui. Ni le voir, ni l’entendre, ni répondre aux sollicitations propres à son jeune âge, alors qu’il a encore besoin d’elle, tel d’un ressort essentiel, en tant que racines où puiser l’indispensable énergie pour parvenir à maturité et se détacher d’elle. La mère, sans le vouloir, vit à côté de lui, mais pense, rêve, comme s’il n’était pas là, ou comme s’il n’était pas lui, mais cet autre qui peuple ses rêves, qui l’empêche de les vivre. De façon plus générale, toute mère dépressive, aspirée dans un « ailleurs », quelle qu’en soit la raison, risque fort de communiquer à son enfant un sentiment d’abandon, dès qu’elle ne sait plus répondre à ses besoins vitaux s’il n’a pas acquis l’autonomie nécessaire pour les satisfaire lui-même. L’enfant peut alors se sentir la proie de forces destructrices d’autant plus menaçantes qu’elles seront diffuses, indicibles, innommées, innommables. Torpeur ou surexcitation traduiront sa volonté d’y échapper, il est important de ne pas les lui renvoyer comme une expression négative, quand bien même elles seraient pénibles à supporter.


LE SENTIMENT D'ABANDON REFOULE AGIT COMME UNE EMPRISE


Le souvenir d’un abandon mal vécu, non surmonté ou trop vite refoulé dans la petite enfance, a des répercussions dans l’âge adulte. Il peut amener à une dépendance extrême et infantilisante et inviter à se livrer toutes sortes de concessions dévalorisantes, sous la contrainte des menaces intériorisées que fait subir l’angoisse. À l’inverse, il peut inciter l’être, (au niveau de l’inconscient), à ne pas s’engager, aussi longtemps qu’il est sous l’emprise de la peur de revivre ce drame « impensé ». Ne voulant dépendre de personne, il évitera bien sûr l’abandon mais aussi toute relation à l’autre.

Il peut encore, par esprit de défense, encourager des conduites d’engagement excessif, telle la surprotection maternelle. Ainsi une maman prise par les affres de l’abandon réel dont, petite fille, elle aura été « l’objet », soumise à la crainte de reproduire le malheur, et qui choisit de ne jamais se séparer de son « tout petit », risque fort d’être là sans être là pour lui. Dans les bras d’une mère, physiquement présente, toute à lui mais absorbée par son ancien malheur, l’enfant perçoit, qu’en dépit des apparences, sa mère n’est pas disponible, en tant que mère, pour le sous-tenir. Ni pour lui. Ni avec lui. Comme si elle redevenait l’enfant qu’il ne peut alors être, il se sent abandonné en tant que tel. Il peut traduire son manque en tentant d’attirer l’attention maternelle par des moyens plus ou moins heureux. Des pleurs au mutisme. Du pipi au lit aux câlins incessants. Du sourire à la chute, qu’elle soit physique ou scolaire. Elle ne saura ni ne pourra lui répondre. En effet, paradoxalement, tout en étant incapable de se séparer de lui, elle ne sera plus avec lui. Et au pire, se ressentira alors elle-même « abandonnée » par son enfant qui cesse d’être l’enfant idéal. Le lien se renforce sous le sceau du sentiment (indicible) d’abandon partagé et nuit à la séparation. Ainsi, plus tard, l’enfant, pourtant choyé,en fait voir de toutes les couleurs à ses parents, comme pour être sûr d’entretenir un lien avec eux. De ne pas les perdre. On peut se demander s’il ne souffre pas à la place de sa mère. Inquiétant son entourage par « ses crises » pour amener la famille à réfléchir au problème de l’abandon. À considérer ce dont les répercussions se font entendre, au quotidien, derrière l’hyper anxiété maternelle qui sous-tend une ambition compensatoire et des exigences excessives envers l’enfant.

Seul un très fort idéal du moi permettrait de ne pas se laisser engloutir lorsque plus personne n’est là pour répondre aux besoins véritables, et d’échapper sans séquelles graves à de véritables situations d’abandon.


L’ABANDON EN HERITAGE

La plupart du temps, intervient dans les réactions du sujet, l’expression de sa constellation familiale ou généalogique porteuse de souvenirs ou de traces mnésiques dont on il serait le dépositaire de passage. Une difficulté à se séparer, sans aussitôt être saisi d’un sentiment de perte de substance, viendrait raviver à sa source un conflit ou un drame antique. Comme si celui qui en est animé avait reçu pour mandat de le résoudre, et d’ouvrir de nouveau la voie à d’autres possibles que la dépendance et… l’impossible désir. Il est rare en effet qu’un sentiment, qu’apparemment rien ne justifie, ne trouve sa légitimité dans un souvenir réel ou une histoire de transmission familiale. Que le silence, l’étouffement, le refoulement auront alourdis et dramatisés.

Une mère élevée dans l’insécurité communiquera probablement ses sensations diffuses dévitalisantes à son jeune enfant. Son désir d’être mère ne suffira pas à lui donner la capacité de le devenir. Surtout si le père n’est pas là pour prendre le relais et conforter l’enfant dans sa réalité présente. La charge émotionnelle est trop forte pour l’enfant, elle le ravit à lui-même, ne se sentant plus soutenu, il se vit abandonné.

Le sentiment d’abandon fait partie de ceux qui s’enracinent au fil du temps, aussi longtemps qu’ils n’auront pas été éclaircis, parlés, repensés. Aussi longtemps que celui qui en est la « victime », le sujet, la courroie de transmission, ne s’en est pas libéré. Réactualisé à l’occasion d’un mot ou d’un événement anodin, il ranime une sensation que l’on aura connue lors d’un événement angoissant. Ou dont on aura « hérité » en quelque sorte dans un contact de proximité. Les interprétations d’événements présents se font à la lumière du passé. Aussi ridicule que cela paraisse, il arrive que des faits bénins perturbent fortement : le corps soudain s’emplit de détresse comme d’une peur étrangère qui fait … corps avec nous. Que ce soit le retard d’un conjoint, le départ d’un enfant, une mère qui oublie notre anniversaire ou notre amoureux la Saint Valentin. Notre « vision » influencée par la mémoire d’un traumatisme réel, qui nous aura plongés dans le noir de l’oubli et qui se réactive, justifie notre perception négative et nous complaît dans le désespoir. À défaut de savoir faire autrement, on finit par se persuader de notre abandon. Une mère confiée jadis à une nourrice ingrate en gardera une empreinte inconsciente qui se manifestera comme à son insu par des répercussions inattendues dans ses relations. Craintes, appréhension, désarroi, vertiges suscités en leur temps sont re(s)-suscités. L’expérience se rejoue, provoquant un état de tension disproportionné face à ce qui l’a déclenchée, mais bien réel et qui se transmet de sensibilité à sensibilité.

Cette émotion incontrôlable, influe sur nos perceptions au point de nous faire croire (non à notre esprit conscient par le biais de l’intellect mais à notre psychisme par le biais de la mémoire sensible) à notre épuisement, à notre condamnation, à notre désespérance, à … Quand c’est notre façon de ressentir qui communique une sensation de trahison, de perte de forces et d’identité confisquée.


PARADIS PERDU

Le sentiment d’abandon peut-être aussi l’expression d’un désir lié à la nostalgie d’un paradis perdu. Souvenir d’une union narcissique (idéalisée et idéalisante) que le sujet a formée dans sa toute petite enfance avec sa mère, toute relation devient fusionnelle, aspire à l’être ou tend à s’imposer comme telle. La séparation est invivable, si ce n’est au prix de tiraillements insensés, de cris, de crises, d’appels qu’aucune réponse ne viendrait jamais satisfaire. En écho à ce passé-image d’une union idéale dont on se refuse (dont on ne parvient) à faire le sacrifice. Comme si l’autre faisait partie de soi-même. Ou n’existait que pour « soi m’aime ». Mais s’aime-t-on ? Aime-t-on ? lorsque l’on ne supporte pas que l’autre s’éloigne et lorsqu’on lui rend l’éloignement insupportable ? Qu’il soit lié à un décès, au départ soudain d’une nourrice ou à un sentiment diffus, lorsque le désespoir perdure et plonge dans la mélancolie, il est préférable d’aider, l’enfant réel ou celui qui reste en soi, à assimiler la « réalité pour soi » de ce qui l’a engendré, à la digérer, à la transformer, en faire une source d’évolution, car passage obligé, contre lequel on ne peut rien, si ce n’est contre soi.

Souvent le sentiment d’abandon qui s’empare de nous s’accompagne d’une jouissance qui ne s’avouera pas comme telle dans la répétition ou dans l’idéalisation. C’est là qu’intervient la nécessité d’un appui extérieur, thérapeutique ou amical, qui exhorte à renoncer à l’illusion d’obtenir ce que l’on n’a pas obtenu. À ne plus se réfugier derrière l’aveuglement dans un passé idéal qui n’aura plus cours. À convertir notre histoire pour la reconstruire sans plus se rattacher à la cause pour justifier un malheur mais approcher celui-ci pour dénouer les tensions, décomposer l’image que l’on a de « soi m’aime ». Perdre peut-être quelques illusions, mais recouvrir des forces et s’ouvrir à d’autres horizons. Une autre illusion ? Peut-être. Mais en ce cas illusion créatrice, dégagée de l’emprise d’un passé intériorisé qui agite chaque relation de toutes sortes de sensations de l’ordre de l’indicible. Il faut apprendre à accepter sa partie souffrante, à la nommer, à la reconnaître, à ne plus en avoir honte, à l’appréhender, la comprendre, la réinscrire dans son histoire au présent, en d’autres termes. Un travail sur soi permet de reconquérir autonomie et indépendance psychique dont la jouissance pour le coup est porteuse de vie, d’espoir, de lendemains. Mais quel que soit le fait qui préfigure à ce sentiment, il est important d’aborder sa complexité dramatique. Afin que l’impression de ne pas exister en tant que sujet ne soit pas confirmée, mais démentie par la vie

Un bon accompagnement parental peut suffire à aider l’enfant à résoudre, avant qu’il ne s’enkyste, le dilemme qui le pousse à ne pas supporter l’éloignement de sa mère quand il aspire pourtant à «être comme les grands ». Et donc à en être séparé sans céder à la peur de « tomber dans l’oubli ».

Bien sûr, la venue d’un nouveau membre dans une famille introduit une rupture dans le mode de fonctionnement habituel. Bien sûr la séparation avec un être chéri ou prisé ne laisse pas indifférent. Et le remaniement qu’elles génèrent n’est pas facile à « digérer ». Mais elles peuvent aussi, devraient aussi, devenir source d’ouverture, de découverte, de passage évolutif.. Et pourquoi pas de richesses ?

Comme essaie de se le dire Anny Duperey, dont les deux parents sont morts ensemble quand elle avait huit ans, il faut parvenir à faire son deuil, même si l’on n’y consent pas si facilement. Le plus difficile restant de renoncer à la tristesse, à l’émotion, à la nostalgie qui sont le corollaire d’un événement qui nous aura marqués, émus, rendus tristes. Quand le chagrin, la colère, après l’indifférence ont un petit goût qui nous permet de rester en lien avec l’objet de notre tourment. Il faut passer par cette épreuve de longue haleine mais combien libératrice pour se désengager d’une relation ancienne. Et de l’image idéalisée du leader, de la mère, ou du couple parental, afin qu’elle ne nous « squatte » pas intérieurement. Ni ne nous tire en arrière, en contrariant toute avancée positive vers de nouvelles relations, contemporaines, adaptée à la présente réalité.

C’est ainsi que promesses de fidélité, contrats, engagements, sont parfois bien aliénants et peuvent agir comme des intimations culpabilisantes à la solitude qui interdisent d’aller vers l’autre (celui du présent) de peur de trahir … l’autre… idéalisé (celui du passé). Déni colère dépit pardon tristesse reproche acceptation… Un temps de convalescence s’impose pour traverser différentes étapes avant de parvenir à renoncer à un attachement au passé et à la peur d’abandonner… ceux qui nous ont abandonnés !!!

L’abandon n’est pas à interpréter trop vite comme la marque d’un désaveu de l’autre. Mais peut-être plus comme l’expression de l’incapacité de celui qui abandonne. À regarder le Petit Poucet ou Babar, le premier abandonné par des parents vivants mais trop misérables, le second « abandonné » à l’impromptu par une mère bien portante à laquelle un chasseur a porté un coup mortel, on peut penser que parfois l’abandon a du bon. Et imaginer que certains parents, conscients de ne pouvoir s’occuper correctement de leurs enfants, se soupçonnent nocifs pour ceux-ci, et se disent, peut-être avec raison, qu’ils seraient plus heureux dans des mains autres que les leurs. S’ils se respectent peu, ils peuvent néanmoins aimer leurs enfants, tout en se sentant incapables de « bien les aimer ». Ce sera précisément cet amour qui sera le moteur de l’intention parfois trop vite condamnée de vouloir lancer les enfants dans la vie de façon jugée prématurée par le commun, ou de les confier à d’autres, dont on espère qu’ils seront (de toutes façons) de meilleurs parents nourriciers que ceux qu’on (ne) peut (que) être. Et qu’on sait ne pouvoir qu’être… en attendant.

Un événement marquant, aussi cruel soit-il, devrait pouvoir, avec le temps, la distance, être traduit de façon positive . Question de regard, d’assimilation, d’enrichissement par l’expérience. D’histoire personnelle et d’imagination.. De transposition du passif en actif et de conversion d’énergie. Autrement dit de travail. Il ne s’agit pas d’optimisme naïf. Ce qui a été ressenti, et même disons-le subi, est bien réel pour celui qui l’a ressenti. Il ne saurait être question de contester. Corporellement, spirituellement vécue, la souffrance psychique qui l’accompagne peut s’amplifier si un déni s’y oppose. Et la nécessité de cette souffrance s’enraciner pour être prouvée si elle n’est pas reconnue.

Virginie Megglé

http://www.psychanalyse-en-mouvement.net/articles.php?lng=fr&pg=8

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Steph
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MessageSujet: Re: Le sentiment d'abandon   Lun 7 Mar - 23:29

J'ai voté la deuxième proposition. Cela fait longtemps que je ressens un vide énorme et que je suis a la recherche de ce qui pourrait le combler.
Le vide que je ressens fait que je me sens différente parmi les autres, d'où je ressens de la peur .
Je crois...........

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lilie
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MessageSujet: Re: Le sentiment d'abandon   Lun 7 Mar - 23:33

Ecoute Steph, je n'aurais pas dit mieux.
Si ce n'est que ça me fait ressentir une détresse que je déteste.

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Cerise



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MessageSujet: Re: Le sentiment d'abandon   Mar 8 Mar - 9:54

Comme j'ai souffert quasiment toute ma vie d'abandonnisme et que la psychothérapie, il y a longtemps m'a aidé à comprendre le rouage. Mais comme vous en doutez, comprendre, ce n'est pas guérir. Par contre, je me sens plis conscience de mes ressentis et je m'efforce de me rassurer quand cela m'arrive, quand je pense très fort combien je suis abandonnée.*
Voici mon résumé d'histoire sur le rouage d'abandonnisme, dans ma vie (car on n'est pas tous pareils dans le vécu).

Née sourde, ma mère pensait que j'étais caractérielle, emmerdeuse chaque fois que je pleurais bébé jusqu"à ce que j'ai 2 ans, et qu'elle a fini par comprendre, grace aux médécins qu'en fait je suis sourde profonde. Selon la psy, c'est déjà un traumatisme pour un bébé car ce dernier avait besoin de communiquer avec la mère, et la mère était à coté de la plaque. Perso, je ne m'en souviens rien de rien.
Par contre, à 2 ans, tout juste reconnue come sourde par ma mère, comme j'avais une forte rougeole avec complications, on m'a mis à l'hopital. J'ai uyn souvenor vif, sous forme de flash qui flotte durablement en moi : je me voyais dans le lit à barreaux à l'hopital. Je ne comprenais pas pourquoi on m'a mis là, et pourquoi on me séparait de ma mère. Je me souviens clairement que je cherchait le visage de ma mère sur chaque visage de rares personnes qui venaient me voir devant mon lit à barreau. Le psy a confirmé que c'est de l'abandonnisme qui s'est forgé alors à ce moment là en moi dans mon être. Il m'a expliqué que personne ne m'a expliqué pourquoi j'étais à l'hopital, que ma mère n'a pas su me sécuriser. Manque de communication.
Puis, enfant, on s'intéressait beaucoup à ce que je reussisse scolairement, pour faire la fierté de mon entourage, du genre "ma fille est sourde, mais j'ai reussis à faire d'elle une excellente elève." au lieu de s'intéresser à ce que je vivais. Mes peurs ? mes rêves ? mes envies de papoter ? mes jeux etc...? tyout cela, à l'oubliette, on me réclamait des notes d'écoles, de bien m'intégrer, de bien parler, et cela suffit. Cela a alors aggravé mon abandonnosme.
Après...bah, c'est une très longue histoire qui sont comme des perles sur le collier, ça finit par devenir bien longue, si bien que entre 21 et 25 ans, j'ai fait des tentatives de suicides pour échapper à ce douloureux abandonnisme. Je m'étais suicidé parce que j'ai pensé que personne au monde ne m'aime, ni ne m'aide, ni ne me comprends. Dieu a voulu que je ne sois pas morte à chaque fois, même si à la dernière, j'étais dans le coma pendant 3 jours car réanimée limite trop tard. Heureusement après cela, j'ai pris conscience que pour se défaire de l'abandonnisme, il me fallait faire de la psy, grace à une très bonne psy.
Bon, bref, l'abandonnisme, c'est un sentiment vraiment terrible, qui atteint complètement tout son etre, et entrave tous les domaines : couple (violence conjuguale que j'ai subi, c'est liée à l'abandonnisme), travail, social etc....
Parfois je me demande si l'abandonnisme est la source de la phobie sociale ou si c'est le contraire, car la vie sociale commence par le lien mère enfant ? Compliqué, j'ai l'impression que c'est comme l'histoire de l'oeuf et de la poule !
Aujourd'hui, c'est beaucoup mieux, même si des fois, j'entends mon coeur hurler en silence les phrases typiques de l'abandonnisme. Je pense que c'est devenu ma cicatrice, on ne peut plus l'enlever, c'est devenu ma nature que j'apprends à vivre avec. Finalement, c'est même devenu une sorte de particularité qu'on peut déceler des atouts. Par exemple que l'abandonnisme a développé en moi une forte sensibilité aux souffrances des gens (mais que je n'accepte pas forcément, en me blindant devant des gens par exemple, tellement ça m'atteint)...

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MessageSujet: Re: Le sentiment d'abandon   Sam 7 Avr - 19:20

j'ai répondu "oui et non" dans la mesure où je ne sais pas quel est le vieux démon responsable de mes angoisses mais surtout je pense qu'il n'y en a pas qu'un ! c'est un fonctionnement, un ensemble d'évènements, de chocs psycho-traumatiques et même de petits détails que nos parents ne connaissaient pas à l'époque et qui peuvent faire mal une fois adulte (le "t fort ne pleure pas" ou "fais moins de bruit j'ai mal à la tête" ou tout adjectif qu'il prendra à la lettre ou "fais des efforts"...etc... sans parler du père fouettard et du loup à la cave :lool: )

l'abandon peut être physique ou psychologique comme une amie dont la mère voulait un fils et s'est trouvé rejeté, toujours caché, habillée d emanière masculine... Pour ma part ma mère m'a échangé contre une signature sur un papier de divorce mais mon père était bien trop jeune et con pour s'occuper de moi donc m'a "donné" à sa mère, ma grand-mère...

Maintenant j'ai suivi ce que certains appellent avec légèreté une éducation sexuelle précoce (avec le beau fils de ma mère de 10ans mon aîné) est ce que ça m'aurait traumatisé et ça ressort

J'ai vu et suivi les adultères de ma grand mère, de mon père, de ma mère... éh ça peut être traumatisant et si ça ne l'est pas je vous dis pas quel fonctionnement s'encre dans la tête d'une petite fille

bref, je pense que l'abandon quel qu'il soit doit être responsable de beaucoup de maux mais il ne fait pas tout surtout si d'autres traumatismes sont venus se greffer ! des femmes se font violer tous les jours et certaines vivent très bien avec ça tandis que d'autres se suicideront, malheureusement on ne fonctionne pas de la même manière :(
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lilie
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MessageSujet: Re: Le sentiment d'abandon   Dim 8 Avr - 17:13

Coucou Perhaps !

J'avoue que je suis un peu perdue face à ton post, car je n'y vois pas que de l’abandon (tu termines sur les viols qui sont des agressions, des violences par exemple), donc j'ai un peu de mal à suivre ton discours, ton cheminement.

Lise Bourbaud (entre autres) définit 7 blessures "de l'âme":

- le rejet
- l'humiliation
- l'abandon
- la trahison
- l'injustice
- la non-reconnaissance
- la maltraitance


Je pense que ton père qui t'a "donné" comme tu l'exprimes, rentre dans le cadre de l'abandon (à quoi on peut ajouter d'autres notions) mais que ton amie a plus vécu dans le domaine du rejet...
Après, nous sommes tous composés de plusieurs blessures, traumatismes, à des échelles diverses et variées et on se construit avec. Je suis donc d'accord avec toi, tout ne vient pas forcément de l'abandon la plupart du temps.


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MessageSujet: Re: Le sentiment d'abandon   Dim 8 Avr - 17:54

je v relire mon post pour être plus claire mais quant à ce livre je l'ai lu y'a peu et je n'ai pas du tout aimé, d'ailleurs j'ai horreur des étiquettes, horreur qu'on essaye de faire rentrer dans un carré des gens ronds, tout le monde ne peut pas rentrer dans un moule !

je me suis vue dans plusieurs masques et en même temps je me sentais jamais totalement dans un mais surtout je pense qu'on est pas assez impartial pour se tester soi-même et savoir où on peut se mettre. En plus on a parfois beaucoup de blessures différentes. Je crois aussi qu'elle donne des astuces pour en sortir que j'ai également trouvé "légères" mais c'est mon point de vue

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MessageSujet: Re: Le sentiment d'abandon   Dim 8 Avr - 18:00

je ne sais quoi te dire de plus par rapport mon avant dernier message, je me suis trouvée claire (même si je ne le suis jamais vraiment car j'ai la phobie du détails et de l'infirmation lol j'aime dire une chose et son contraire)
s'il avait fallu faire la différence entre un rejet et un abandon peut être l'aurais-je fait mais ce n'était pas précisé ici et je pense que si le mot rejet est utilisé par les psy, les enfants que nous sommes n'associe à l'abadon.

Pour mon amie, être rejetée et mise à l'écart ainsi par sa mère a été un abandon, sa mère ne s'occupait pas d'elle, elle n'avait pas d'amour de sa mère, celle-ci n'était pas là pour chaque période heureuse ou malheureuse bref mon amie (qui est suivie) a , pour elle, vécu un abandon.

quant à moi aucun psy parmi tous ceux que j'ai fait n'a soulevé l'abandon de mon père ou alors on n'a pas assez creusé mais les hommes prenant une place 2daire dans ma tête c ma mère qu'endosse tous les torts (de manière inconsciente car moi je ne lui en veux aucunement)
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lilie
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MessageSujet: Re: Le sentiment d'abandon   Dim 8 Avr - 18:07

Citation :
je pense que si le mot rejet est utilisé par les psy, les enfants que nous sommes n'associe à l'abandon.

Je comprends mieux ton post si tu ressens cette association comme ça.
Perso, je les distingue vraiment même dans les émotions que ça engendre en moi mais je peux comprendre ton point de vue.

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MessageSujet: Re: Le sentiment d'abandon   Dim 8 Avr - 18:09

merci
je vois que ce n'est pas l'armée ici, qu'en plus de pouvoir être en désaccord on peut être compris c ma façon de fonctionner aussi (essayer de comprendre les autres même sils ne partagent pas mon opinion et aller jusqu'à changer mon point de vue sils me convainquent)
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lilie
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MessageSujet: Re: Le sentiment d'abandon   Dim 8 Avr - 18:30

Ah oui, c'est vraiment pas l'armée
On adore les débats d'idées même

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