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 Les phobies à travers l'agoraphobie (Hélène Deutsch)

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lilie
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MessageSujet: Les phobies à travers l'agoraphobie (Hélène Deutsch)   Mar 31 Mai - 15:23

Voici un article assez long et je pense sûrement sujet à controverses.
Je le poste en plusieurs fois pour en facilité la lisibilité.

Personnellement, j'ai trouvé certains passages difficiles (en plus je n'ai pas de réelle base du vocabulaire psychanalytique).

Pour celles ou ceux qui auraient le courage et l'envie de le lire, j'attends vos avis, vos doutes, vos énervements ou vos approbations... au choix!

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lilie
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MessageSujet: Re: Les phobies à travers l'agoraphobie (Hélène Deutsch)   Mar 31 Mai - 15:24

LES PHOBIES A TRAVERS L'AGORAPHOBIE

(Hélène DEUTSCH)

Freud aurait conseillé en 1908 à Stekel d'introduire le terme d' «hystérie d'angoisse», qu'il préférait à celui, plus classique, de «phobie» pour désigner un certain type de névrose centrée sur la phobie, et dont il désirait souligner la parenté avec l'hystérie de conversion. Rappelons-nous, en effet, que Freud avait démontré l'existence de certaines phobies presque universelles et que, de plus, des entités nosologiques autres que la névrose phobique proprement dite présentent elles aussi des symptômes phobiques.

C'est à partir de l'analyse du petit Hans, en 1905, qu'il isole la névrose phobique; dégage également l'analogie entre certains de ses mécanismes et ceux de l'hystérie de conversion: dans les deux cas, le refoulement aboutit à une séparation de la représentation et de l'affect. Mais si, dans l'hystérie de conversion, la libido est convertie en symptômes, dans l'hystérie d'angoisse, en revanche, elle est «libérée sous forme d'angoisse».

Le travail qui s'opère dans l'hystérie d'angoisse consiste à fixer la libido, devenue libre sous forme d'angoisse flottante, sur une phobie déterminée. Autrement dit, l'hystérie d'angoisse tend vers la formation d'une phobie proprement dite. Les mécanismes propres à la névrose phobique sont le déplacement et l'évitement.

Le déplacement est précisément lié à la séparation entre l'affect et la représentation. L 'affect - ici, l'angoisse - est déplacé sur un objet déterminé, qui devient l'objet phobique et qui se substitue à l'objet originel. C'est ainsi que, chez le petit Hans, le cheval a pris la place du père. Une fois constitué l'objet phobique, le malade, auparavant confronté à une angoisse panique résultant de son contact permanent avec le personnage qui est la cause inconsciente de son angoisse, peut éviter plus aisément l'objet sur lequel s'est déplacé sa phobie: il était en effet plus facile au petit Hans de fuir les chevaux que son père...

En somme, la possibilité d'éviter l'objet d'angoisse est précisément consécutive au déplacement: l'angoisse est ainsi plus étroitement circonscrite.

Pour illustrer la phobie, nous avons choisi de présenter ici des observations d'Hélène Deutsch, rédigées en 1928 et consacrées à des agoraphobies. Nous verrons comment l'auteur décrit, de façon claire et détaillée, les mécanismes de ces cas, ainsi que le rôle de l'objet contraphobique c'est-à-dire de la personne qui doit accompagner le patient pour lui éviter l'angoisse.

Passage un peu complexe et laborieux quand on n'est pas initié à mon avis:

Spoiler:
 

Tous les cas dont je vais parler se conforment à un type précis de maladie. Ce sont des gens qui développent des états d'angoisse intense lorsqu'ils sont seuls dans la rue. Ils sont alors sujets à tous les phénomènes d'angoisse : tachycardie, tremblements et surtout le sentiment qu'ils vont s'effondrer et devoir affronter un désastre irréparable. Leur angoisse est une véritable angoisse de mourir et leur terreur phobique est : «Je vais mourir subitement. »

Ils sont brusquement étreints par la pensée qu'ils vont succomber sur-le-champ à l'asthénie, la crise cardiaque, l'attaque d'apoplexie, ou autre catastrophe. L'angoisse est fréquemment centrée sur l'idée d'être écrasé, sur des accidents de chemins de fer ou de voiture, etc. Il est typique que ces états disparaissent complètement ou soient considérablement allégés lorsque le patient est accompagné par quelqu'un. Parfois le simple fait de voir sa maison au loin redonne au patient un sentiment de sécurité.

Le compagnon doit généralement remplir certaines conditions, par exemple être lié étroitement au patient. De nombreux patients atteints d'agoraphobie insistent sur la compagnie d'une personne particulière. D'autres sont moins exigeants et sont satisfaits par quiconque est capable de leur prêter « assistance immédiate ». Certains patients fortunés ne sont heureux que lorsqu'ils ont leur médecin prés d'eux avec la seringue hypodermique salvatrice.

Comme il semblait n'y avoir rien de très spécifique concernant le choix du compagnon, cet aspect de la question était négligé en faveur de l'affirmation du patient selon laquelle il s'agissait uniquement d'obtenir une aide en général. Mais, dans les trois cas dont je vais parler ici, le sens donné au compagnon semblait avoir de l'importance et jeter une certaine lumière sur l'essence même de cette forme de phobie.

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MessageSujet: Re: Les phobies à travers l'agoraphobie (Hélène Deutsch)   Mar 31 Mai - 15:26


ANGOISSE ET AGORAPHOBIE


Un de ces cas m'avait été confié il y a quelques années par un confrère quittant Vienne. La patiente était une jeune fille présentant des symptômes typiques d'agoraphobie. Chaque fois qu'elle sortait sans ses parents, elle était saisie d'une angoisse violente du type décrit ci-dessus. Son compagnon devait être son père ou sa mère. D'après elle, la première crise s'était produite en voyant s'effondrer dans la rue un homme en proie à une crise d'épilepsie. Elle fut désormais incapable de se remettre du choc de ce qu'elle avait vu, d'autant plus qu'elle entendait constamment parler de morts subites. Elle semblait être particulièrement malheureuse sous ce rapport, car elle rencontrait toujours des ambulances ou des enterrements et ces « expériences » lui faisaient chaque fois penser à nouveau à la possibilité de sa propre mort.

Il est en effet remarquable de voir combien les gens atteints d'agoraphobie sont souvent étonnés par ces rencontres traumatisantes dues apparemment au hasard. Cela tient naturellement au fait qu'ils sont toujours à guetter ce genre de choses qui, pour d'autres, passent inaperçues, de sorte qu'ils sont capables de conserver l'impression qu'ils ont à cet égard une malchance particulière.

D'après l'histoire antérieure de notre patiente, je devrais mentionner qu'au moment où elle était tombée malade, c'est-à-dire environ un an avant le début du traitement, elle avait noué une liaison érotique avec un jeune homme - liaison sanctionnée par la morale bourgeoise de ses parents aussi longtemps qu'il s'agirait d'un « amour platonique».

Le traitement avec le premier analyste avait considérablement amélioré son état. C'était manifestement un cas de « succès du transfert » dont le sens devint clair au cours de l'analyse. Le traitement bienfaisant et compréhensif qui servait dans la première partie de son analyse comme un substitut de gratification pour sa relation inconsciente avec son père lui avait permis de venir non accompagnée en analyse et d'aller et venir librement dans un large cercle autour de la maison de l'analyste.

Le fantasme, dans le sens de l'amour accompli, qui maintenant l'attachait à l'analyste, servait de protection contre l’angoisse et remplaçait le compagnon. Peu après le départ de son premier analyste, le docteur X, un nouveau déplacement de l'angoisse intervint avec un contenu inattendu quelque chose pourrait arriver au docteur X, au cours de son voyage, il pourrait par exemple avoir une crise cardiaque. Pendant un certain temps son angoisse au sujet du docteur X remplaça l’angoisse a son propre sujet. Mais ce ne fut que temporaire ; l'ancienne angoisse vis-à-vis d'elle-même retrouva bientôt son importance première.


DÉSIR DE LA MORT DU PÈRE ET IDENTIFICATION MASOCHIQUE AVEC LA MÈRE

Quel était le facteur décisif dans l'agoraphobie de notre patiente? Je voudrais d'abord insister sur le fait que le départ de l'analyste était ressenti comme une déception amoureuse et appelait une réaction sadique qui était cependant niée et transformée en sollicitude angoissée. Son angoisse correspondait à une formation réactionnelle hystérique typique. Le fait que son angoisse était d'abord liée à sa propre personne puis à l'objet frustrant (l'analyste) permet de trouver une sorte de pont entre les deux.

L'analyse de la patiente était centrée sur deux expériences traumatisantes, la première dans la petite enfance, la seconde à la puberté. L'expérience infantile était d'avoir surpris le coït parental dont elle acquit l'impression que son père étranglait et torturait sa mère. L’expérience à la puberté était une attaque que son père avait eue en sortant d'un bain ; il était tombé en syncope, comme mort, et il avait du être hospitalisé pendant un certain temps.

Tous les fantasmes pubertaires de la patiente faisaient revivre la situation d'écouter aux portes. Ils étaient de caractère féminin masochique et, en plus de leur contenu normal - viols, dégradation au rang de prostituée, etc. - ils présentaient certains traits particulièrement violents : un fer chauffé au rouge était enfoncé dans ses organes génitaux, ou bien elle était enceinte et au cours du processus éclatait en morceaux.

Dans tous ces fantasmes masochiques nés du fait d’écouter aux portes, la patiente s'était identifiée à la mère. Le complexe d’œdipe se termina avec la fixation de cette identification et du désir de mort contre sa mère, qui y était lié avec un caractère particulièrement agressif. La dernière expérience - l'attaque du père - qui eut lieu pendant les conflits de la puberté, avait ravivé les souvenirs de l'expérience infantile et les réactions contre le père jusque-là refoulées. Ces réactions culminaient dans un désir de mort dirigé contre le père.

Le contenu de ce désir était : « Si tu ne m'aimes pas comme tu as aimé ma mère, alors meurs ! » Les convulsions du père et sa perte de connaissance étaient le lien d'association avec la scène primitive de l'enfance. Le désir de mort nié contre son père correspondait à la réactivation régressive du désir infantile de « châtrer » son père.

La première manifestation de sa névrose suivit une attaque sexuelle réelle de la part de son amant. Par conséquent, dans le premier cas. la protection de ses parents « dans la rue », c'est-à-dire hors de la maison, se rattachait à un danger fondé sur la réalité. Mais cela n'épuisait pas leur rôle en tant que compagnons. Car aussitôt que la patiente se trouvait dans la situation de tentation (c'est-à-dire en dehors de la protection du foyer), ses pulsions instinctuelles sinon bien refoulées étaient immédiatement mobilisées.

Comme nous l'avons déjà vu, ces pulsions avaient un caractère masochique défini. La relation infantile à la mère, maintenue par la fixation, à laquelle la patiente avait régressé, dépendait, comme nous le savons, d'une identification masochique avec la mère. Et cette identification avait pour but de retourner l'agression dirigée contre la mère. contre son propre Moi, constituant ainsi le plus grand danger pour le Moi.


PROTECTION DES PARENTS OU PROTECTION CONTRE LES PARENTS?


Les tendances agressives dirigées contre le père frustrant s'étaient révélées d'une façon particulièrement claire dans la relation de transfert avec le docteur X. Mais l'amitié de l'analyste et l'espoir de son amour avaient modifié son agression et, en retour, cela semblait avoir libéré la patiente de son angoisse. Mais la frustration provoquée par son départ avait remobilisé toute l'attitude de vengeance sadique et avait donné à l'angoisse un contenu plus proche de son origine inconsciente.

La forme de la mort à laquelle était condamné l'analyste correspondait exactement à l'impression que la patiente avait acquise de l'attaque de son père et aussi, notons-le, au destin qu'elle craignait pour elle-même dans son agoraphobie. Le contenu tout entier bien refoulé n'était mobilisé que dans certaines conditions particulières. Quand ses parents n'étaient pas présents la rue, qui était pour elle la « situation de tentation », en partie réelle et en partie symbolique, devenait l'une de ces conditions.

Nous pouvons comprendre maintenant pourquoi l'angoisse en face des dangers intérieurs était diminuée quand elle emmenait ses parents avec elle. La protection apparente contre les dangers extérieurs de la rue n'était qu'une rationalisation évidente pour les dangers inconscients de sa vie intérieure.

La présence des parents la protégeait non seulement de l'accomplissement des désirs sexuels interdits, mais aussi de l'agression contre les parents qui interdisaient, agression accrue dans la situation de tentation sexuelle et qui semblait être nettement compensée et modifiée par leur présence et leur tendre sollicitude. En même temps le danger de mort que l'intensification de l'agression avait cause au Moi masochiquement identifié à la mère, avait diminué et l'angoisse en avait été allégée.

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MessageSujet: Re: Les phobies à travers l'agoraphobie (Hélène Deutsch)   Mar 31 Mai - 15:30

UN COMPAGNON DE ROUTE QUI FAIT TAIRE L'ANGOISSE DE MORT

La seconde patiente dont je vais parler était une femme de petite bourgeoisie, âgée d'environ quarante ans, mère de trois enfants et, jusque-là, pratiquement en bonne santé. La fille aînée, de dix-sept ans, était élevée par la mère dans les règles strictes de la morale bourgeoise ; elle commençait à s'intéresser aux hommes, à l'amour, et a toutes les choses qui sont de la plus grande importance pour une jeune fille de son âge.

La mère était bouleversée par cela, et quoiqu'elle se prétendît sympathisante, elle espionnait positivement sa fille, consumée de curiosité au sujet de sa vie amoureuse innocente et elle avait appris, en lisant son journal qu'elle avait trouvé « par hasard », qu'elle était en train de nouer une liaison avec un homme pour qui la mère éprouvait un certain intérêt.

C'était là le signal pour la névrose de la mère. Toute son activité fantasmatique consciente et inconsciente présentait une réactivation de sa puberté. Cette femme déjà d'un certain âge commença a avoir tous ces fantasmes de défloration, de viols et de prostitution qui sont typiques de la puberté et qui représentaient tous des dangers qu’elle, la mère aimante, aurait dû craindre pour sa fille.

Dans toutes ces pulsions de désirs interdits et déniés, la patiente s’était en effet identifiée à sa fille. En même temps, la fille était devenue la rivale détestée contre qui la réaction de vengeance tout entière de la patiente (une fois rattachée à sa propre mère et maintenant à sa fille) était dirigée. Elle sentait presque consciemment que sa fille se tenait entre elle et son bonheur comme sa mère l'avait fait autrefois dans son enfance.

Elle avait coutume de dire que sa mère l'avait élevée très différemment des filles « modernes ». Elle n'avait jamais le droit de sortir sans être accompagnée et toute sa vie amoureuse était strictement contrôlée. Elle répète maintenant cette même situation de contrôle dans son agoraphobie. Torturée par la terreur de la mort comme elle l'est, elle ne peut plus sortir seule. Le seul compagnon possible est sa fille, mais en réalité cette condition peut être rarement remplie et de ce fait elle se trouve plus ou moins confinée à la maison.

Il est assez facile de comprendre le sens de cette situation. La fille doit veiller à ce que sa mère ne succombe pas à ses pulsions instinctuelles, à savoir les pulsions dans lesquelles elle s'identifie à sa fille. En plus de ses autres dangers instinctuels, la patiente est exposée au désir agressif de mort contre sa rivale qui enrage contre le Moi du fait de l'identification qui s'est produite. Dans cette situation, la mère se trouve en même temps capable de surveiller sa fille qui est menacée par les dangers de sa sexualité naissante que la mère doit protéger, et aussi par les pulsions agressives inconscientes de la mère.

Ainsi la fille, en tant qu'agent protecteur, a assumé le rôle du Surmoi, la protection qui interdit et qui menace, autrefois celui de la mère de la patiente. Nous avons ici un processus analogue à celui du premier cas : le compagnon devient le « protecteur protégé ». Le fait que l'objet de l'identification, contre lequel l'agression est dirigée, assume le rôle de compagnon protecteur et le joue comme un agent aimant et non menaçant, permet à l'angoisse de la mort de disparaître.

Le processus d'identification, d'une part, et la menace de mort contre le Moi, de l'autre, sont tous deux transitoires par nature et liés à la situation de tentation représentée par le fait d'être hors de la maison. Il vaut la peine de noter que l'angoisse de la patiente était primitivement liée à une section particulière du chemin, un sentier le long d'une haie derrière laquelle elle avait souvent vu des hommes se soulager.

Je mentionne cela parce que j'ai l'impression que des tendances exhibitionnistes jouent un rôle subsidiaire important dans la détermination de ces dangers de la rue. Mais je reviendrai sur ce point dans l'histoire de mon prochain cas.


UNE RIVALITÉ AVEC LA MÈRE

Dans l'histoire de ce troisième cas, nous avons affaire à une femme de vingt-sept ans, mariée depuis trois ans. Elle était la seconde de trois enfants. Dans sa première enfance, sa relation avec son frère de deux ans son aîné était une relation d'une jalousie particulière (envie du pénis) et sa relation avec sa sœur de deux ans plus jeune, celle d'une envie orale violente. Les deux relations étaient lourdement chargées d'agressivité et de culpabilité. Quand elle eut quatre ans et demi, son frère mourut d'une crise d'appendicite.

Cette mort confirma en elle le sentiment de culpabilité le plus grave, d'autant plus grave en raison des événements décisifs qui y étaient rattachés. Le plus important de ceux-ci était la décision expérimentée du fait de sa mère, car au lieu de la gagner par la mort de son frère, elle la perdit. En effet, sa mère, consumée de chagrin, se retira de la famille, vécut dans une mansarde et mit ainsi sa fille dans une situation que certainement elle désirait mais qui néanmoins était dangereuse : car elle dormait maintenant dans le lit de son père et pouvait dans une grande mesure réaliser ses fantasmes œdipiens. Et quand la mère tenta au bout d’un an de reprendre la vie familiale, la petite fille présentait déjà les réactions névrotiques à ces incidents.

D'autres difficultés névrotiques apparurent à la période de latence : peur du tonnerre et des tremblements de terre et autres petits symptômes de conversion que l’analyse révéla être des fantasmes de grossesse. Dans la période prépubertaire, elle avait entendu parler de femmes qui sont dehors la nuit et font quelque chose de « terrible », et par conséquent elle ne pouvait être persuadée de quitter la maison la nuit tombée. Les idées qu'elle se faisait de ces femmes s'alliaient à des fantasmes de dépréciation concernant sa mère et faisaient de la mère une prostituée.

Deux souvenirs de la période de latence jouaient un grand rôle dans l'analyse. Le premier était lié à une crise d'angoisse dans la rue en allant sur l'insistance de sa mère s'excuser auprès d’une dame dans le jardin de laquelle elle avait volé des fruits. Elle obéit rageusement à l'ordre de sa mère, mais fut incapable de l'exécuter car à mi-chemin elle fut prise de tachycardie et de tremblements. Elle admettait elle-même que cela représentait la haine refoulée contre les deux femmes.

Le deuxième souvenir était lié à une histoire appelée le Guetteur dans la tour: le phare est gardé par une femme qui y vit seule avec sa petite fille. Un jour la petite fille trouve sa mère morte sur le sol au sommet de la tour. Elle est morte subitement d'une crise cardiaque en accomplissant son devoir. La vaillante enfant prend froidement la place de sa mère et sauve héroïquement les bateaux en danger.

Après avoir lu cette histoire elle fut accablée par l'angoisse la plus vive : chaque fois que sa mère quittait la maison, elle guettait son retour à la fenêtre ou à la porte. La patiente s'expliquait de façon caractéristique : « Je ne sais pas si je me sentais vraiment angoissée à propos de moi-même ou de ma mère.» On peut deviner le contenu de cette angoisse par le contenu de l'histoire dans laquelle la petite fille prend la place de la mère. Mais chez la patiente la mort de la mère est la condition nécessaire à l'accomplissement d'un désir inconscient.

Le rôle que la patiente cherche à jouer dans son identification avec la mère est soumis à la même dépréciation et à la même humiliation de sa propre personne que celles qu'elle attribuait à sa mère. L’accomplissement de ces désirs inconscients ferait de la patiente une prostituée tout comme elle l'avait fait de sa mère dans ses fantasmes.

Vous vous souvenez de la situation infantile qui était certainement l'élément traumatisant de sa névrose. La petite fille avait été abandonnée par sa mère, un traumatisme dans le sens de la perte d’objet. La mère lui avait cédé la place prés de son père, c'est-à-dire qu’elle l'expo sait au danger de l'accomplissement de ses désirs inconscients culminant dans l'identification à la mère. Quand la mère revint dans la famille, la petite fille était déjà fermement fixée dans la relation de rivalité ; mais il ne lui était possible de maintenir sa position qu'à une seule condition : si, comme dans le cas du guetteur de la tour, sa mère venait à mourir (l’analogie est renforcée par la scène dans les deux situations : mansarde - tour).

Chaque fois que dans sa vie ultérieure la patiente se trouva dans des situations ou ses tendances libidinales refoulées - chez elle aussi, de caractère masochique - pouvaient être réalisées, elle appelait sa mère auprès d'elle; non seulement pour empêcher la réalisation de ses désirs, mais aussi pour que le désir de mort qui avait été dirigé contre la mère protectrice ou perturbante, ne se réalise pas contre elle-même. Le signal d'angoisse dans son agoraphobie se révélait dans l'analyse être l'ancien appel à sa mère.

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MessageSujet: Re: Les phobies à travers l'agoraphobie (Hélène Deutsch)   Mar 31 Mai - 15:32

LES CIRCONSTANCES D'APPARITION D'UNE AGORAPHOBIE

Revenons à l'histoire de son cas. Ecolière, elle avait eu une amitié amoureuse avec un camarade d'école. A dix-huit ans, elle fit la connaissance de son futur mari qui fit sur elle une forte impression sexuelle et qui la demanda en mariage. Mais l'atmosphère domestique de son enfance était incroyablement sectaire. Après la mort de son fils, la mère avait adopté un ascétisme manifestement névrotique et son propre renoncement était accompagné d'une attitude morale extrêmement sévère qui interdisait rigoureusement tout ce qui était sexuel.

La patiente se trouvait alors dans un conflit, car ses relations platoniques avec son premier ami, qui avaient été sanctionnées par la mère, étaient naturellement perturbées par ses sentiments pour son futur mari. On lui inculqua qu'il fallait rester fidèle à son premier amour (idéal). La patiente se sentait incapable de prendre une décision dans un sens ou dans l'autre. Sa liaison avec son futur mari était nettement interdite, même extérieurement, car c'était un athée, alors que la mère était pieuse.

Sur quoi le conflit prit un caractère névrotique et la patiente tenta de trouver une issue. Elle fut possédée par l'idée qu'en rompant avec le premier ami elle provoquerait sa mort, c'est-à-dire qu'elle désirait se débarrasser de celui qui entravait ses désirs, comme elle avait désiré une fois se débarrasser de sa mère. Elle subit la même opération dont son frère était mort (manifestement dans une tentative de se décharger préventivement du sentiment de culpabilité).

De cette façon elle put prendre une décision : elle rompit avec son ami et se fiança joyeusement avec son futur mari. C'est alors que l'agoraphobie se déclara. Alors qu'un dimanche elle allait rendre visite à une amie de sa mère (la patiente habitait loin de chez elle), pour lui faire part de sa libération, elle fut soudain troublée par la pensée : « Que va-t-elle penser de mon comportement ? » Perdue dans ses pensées, elle s'engagea dans une rue assez calme où elle fut soudain envahie par l'angoisse: « Maintenant je vais m’effondrer sans force. »

Incapable d'aller plus loin, elle envoya chercher l'amie à qui elle allait rendre visite et elle put terminer le trajet en sa compagnie. Qu'était-il arrivé? La rupture avec son premier ami avait lourdement pesé sur son sentiment de culpabilité et avait évoqué le souvenir de son frère mort. Mais par cette rupture elle avait rendu possible la gratification de ses désirs sexuels, tout comme la mort de son frère lui avait permis de dormir avec son père. Tous ses désirs prenaient maintenant un caractère infantile et étaient accompagnés d’interdits sévères.

Comme alors, la mère retira son amour et la laissa seule face au danger. Et de même que dans la situation névrotique infantile elle avait l'habitude d'attendre sa mère, de même maintenant elle était incapable d'agir sans la protection de sa mère et sans la décharge de son sentiment meurtrier de culpabilité contre elle. D'où le fait qu’elle devait avoir cette amie, comme image de la mère, pour l'accompagner. La névrose évolua en agoraphobie typique.

Sur le conseil de ses médecins, elle se maria mais son état empira. Elle gagna une chose c'est que son mari qu'elle torturait et qu'elle enchaînait par ses symptômes, pouvait agir comme accompagnateur. Bientôt le coït fut accompagné d'angoisse grave et de vaginite.


UNE INTENSE NÉVROSE DE TRANSFERT

Dans l'analyse elle développa une « névrose de transfert» sérieuse, qui me permit d'acquérir une compréhension profonde de sa maladie grâce à sa relation avec ma personne.

La première phase fut occupée par un « transfert négatif » : refus d'être guérie par moi et méfiance à l'égard de ma tolérance. Comment pouvais-je être une analyste quand je n'accordais à ma propre fille aucune liberté sexuelle ? Tel était le contenu de ses fantasmes. Chaque geste de ma part était construit comme un interdit et elle hésitait entre une opposition absolue et l'obéissance aveugle.

Elle acceptait toujours mes interprétations sans discussion, mais il arrivait souvent, quand par exemple elle était sur le point de raconter un rêve particulièrement confirmatoire, qu'elle se mette à rire et soit incapable de s'arrêter pendant un quart d'heure. Il était clair que son acceptation apparente était accompagnée d'une méfiance dédaigneuse.

Quand par exemple je lui conseillai de voir une femme médecin, elle fut envahie d'un doute compulsif, sentit qu'elle devait obéir et pourtant ne put se décider à le faire. Un jour, je l’exhortais à venir à pied a mon cabinet de consultation au lieu de prendre un taxi comme elle le faisait habituellement. Néanmoins, elle prit un taxi en chemin, mais cette fois, contrairement à son habitude, elle fut prise dans le taxi d'une angoisse très violente, dont le contenu était qu'elle serait punie de mort pour avoir transgressé mon ordre.

Dans l'escalier elle fut saisie du sentiment qu'il m'était arrivé quelque chose. Pendant cette séance d'analyse, elle fut pour la première fois prise d'une crise d'angoisse qui évolua progressivement en une crise hystérique tonique-clonique typique. Elle s'effondra par terre. A la fin de la crise, elle s'agenouilla devant moi et dit: « Pardonnez-moi. » Quand je lui demandai ce que je devais lui pardonner, elle dit : « Cette rage. » Elle avait compris d'elle-même que cette crise était une décharge de rage.

Elle partit ce jour-là libre de toute angoisse, pour la première fois depuis sept ans. Je dois dire que cette crise hystérique était la première qu'elle ait jamais eue. Elle passa les quelques jours suivants pratiquement sans angoisse. C'était dû au fait qu'elle avait trouvé un rite axé sur ma personne. En marchant dans la rue, elle tentait de rester prés de femmes chez qui elle trouvait une certaine ressemblance avec moi. Si la personne en question paraissait « délicate » elle l'évitait, car elle pourrait « s'effondrer ». Ou bien elle attendait prés de ma maison pendant des heures, sans angoisse pendant ce temps.

Elle utilisait une de mes cartes de visite comme une sorte de talisman, comme une partie de moi-même. De la même manière, elle investissait en un transfert partiel la logeuse que je lui avais recommandée. Elle sortait avec cette dame, quoique avec un certain sentiment de malaise, car elle craignait que la logeuse ne s'effondre dans la rue. Pour autant que son angoisse était concernée, le chemin pour venir chez moi était divisé en deux parties. La première partie était génératrice d'angoisse ; au milieu, il y avait un « trou » qui augmentait l'angoisse ; après cela, elle était sauve.

Avec le développement du transfert positif, il y avait une augmentation de l'angoisse, de peur que je refuse de la revoir si j'apprenais tout sur son compte. Puis elle produisit des fantasmes dans lesquels je faisais tout ce qu'il lui était interdit de faire. Elle fantasmait, par exemple, que j'avais de mystérieuses relations avec des hommes, que je me mettais nue devant mes patients et elle avoua un jour avec une résistance violente qu'elle pensait que je me masturbais pendant la séance d'analyse.

Toutes ces accusations formaient le miroir de ses propres désirs fantasmés et établissaient une identité entre nous par une cause commune de culpabilité. Mais elle me voyait aussi sous un tout autre jour, comme une personne hypernormale et se châtiant elle-même, une image qui correspondait à son idéal du Moi ascétique. Le clivage de ma personne était l'équivalent de la double image qu’elle avait eue autrefois de sa mère ; elle s'était identifiée à cette double image, d'une part dans tous les actes sexuels interdits qu'elle avait imputés à sa mère, et, d'autre part, dans les interdits sévères de sa mère repris par son Surmoi. Même le désir de mort vindicatif contre moi était, comme le révéla l'analyse, le signe d'une révolte contre la mère et était ainsi transformé en une menace de mort contre son propre Moi.

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MessageSujet: Re: Les phobies à travers l'agoraphobie (Hélène Deutsch)   Mar 31 Mai - 15:33

LA PHOBIE SE TRANSFORME EN HYSTERIE OU EN NEVROSE OBSESSIONNELLE

L'identification entre moi et la mère fut illustrée d'une manière particulièrement claire dans un rêve caractéristique :

La patiente est couchée sur un tréteau dur, les pieds vers l'âtre qui est une chose intermédiaire entre un poêle et un radiateur a gaz. Le tréteau est fait de deux chaises qui ont glissé, de sorte qu'une partie de son dos est dans le vide. Sur le sol, au-dessous de cette partie de son dos, se trouve une bougie allumée. Elle doit sans cesse se redresser pour ne pas se brûler. Le rêve est accompagné de tachycardie et d'angoisse.

Les associations de ce rêve ramenaient à cette situation de danger où elle s'était trouvée quand sa mère l'avait laissée dormir prés de son père. Elle se souvenait que son père, manifestement un névrosé obsessionnel, avait l'habitude de regarder sous le lit avec une bougie avant de se coucher. Les mouvements qu'elle exécutait dans le rêve étaient une répétition de l'arc de cercle typique qu'elle avait produit pendant son attaque au cours de la séance d'analyse.

L'âtre à ses pieds représentait un condensé entre le poêle de mon cabinet de consultation et le foyer de la cuisine à la maison. Sur la demande de sa mère elle y cuisait le petit déjeuner, et pendant cela elle avait la terreur des souris qui parfois se glissaient hors des trous au-dessous du foyer.

Des pulsions onanistes sont reconnaissables dans les mouvements du rêve et la culpabilité ressentie du fait de ces pulsions ainsi que des fantasmes au sujet du père, était attribuée à la mère qui l'avait mise dans ces situations, tout comme je l'avais fait récemment en rendant ses fantasmes conscients.

Dans un autre rêve, elle est couchée prés de sa mère qui se masturbe. Elle tente de l'en empêcher et s'éveille dans un état d'angoisse. Ici, l'identification entre la rêveuse et sa mère d'une part, et, d'autre part, entre moi et la mère, devient claire quand nous nous rappelons l'acte masturbatoire qu'elle m'attribuait.

La tension d'angoisse dans ses rapports avec moi allant diminuant, la patiente fit appel à tout son courage pour confier ses fantasmes sexuels. Ils présentaient de bout en bout un caractère génital féminin, fortement masochique, et les fantasmes de naissance actifs et passifs qui y étaient liés avaient une très grande importance pour son agoraphobie. Les crises hystériques qu'elle produisait au cours de la séance d'analyse me permirent d'approfondir le contenu de cette agoraphobie.

Les crises se produisaient par exemple lorsqu'elle avait des rêves d'angoisse, ou qu'elles présentaient elles-mêmes le caractère d'un rêve et, la crise passée, la patiente était toujours capable de décrire le contenu des fantasmes qui l'avaient accompagnée. Ils s'avéraient des représentations de situations de naissance. Par exemple, elle rêve qu'elle est dans une cave obscure, poursuivie par une femme; elle est saisie de terreur, car elle ne peut trouver aucune issue. Brusquement, elle sent le sang couler d'un trou dans sa tête ; une ambulance arrive, l'emmène ; elle est sauvée.

Ses associations montraient sans l'ombre d'un doute que c'était une représentation de sa propre naissance. Dans un autre rêve - en le racontant elle eut aussi une crise - elle se voit debout devant une fenêtre; elle se demande pourquoi elle a peur de sauter par la fenêtre. Alors elle jette une petite poupée dans la rue et est immédiatement saisie d'un sentiment d'angoisse de mort. Les violentes convulsions de tout son corps pendant la crise étaient des tentatives pour éloigner cette angoisse. Ce rêve était aussi un exemple clair du symbole de la naissance.

La naissance progressive de la phobie en hystérie avec crises était particulièrement intéressante dans le cas de cette patiente. En même temps que ses rapports avec moi s'amélioraient et que la fonction destructive du Surmoi s'adoucissait, l'angoisse diminuait. Cependant, chaque fois que des pulsions liées à la mère étaient libérées dans l'analyse, la patiente faisait une crise d'hystérie, quoique ses crises fussent limitées de manière caractéristique à la séance d'analyse.

Ces crises représentaient des situations d'un caractère génital défini (masturbation, coït, naissance, accouchement). La patiente sentait qu'elle pouvait se permettre ces accès en ma présence, car quoiqu'ils fussent accompagnés d'une « sensation de mourir », elle savait qu'elle n'avait rien à craindre si j'étais là. Mais dehors, dans la rue, elle sentait que l'angoisse lui était nécessaire comme Si elle agissait en tant que signal d'alarme en face du danger.

Je crois que nous pouvons accepter l'interprétation de la patiente. Aussi longtemps que les tendances agressives de son Surmoi la menacent de mort, les pulsions de désir doivent être réprimées par des interdits sévères. Mais lorsque la tension entre le Moi et le Surmoi (c'est-à-dire dans la situation analytique entre elle et moi) est diminuée, les forces permissives peuvent s'exprimer et la patiente peut se laisser aller dans la crise à la représentation symbolique de ses désirs instinctuels refoulés.

Pour résumer, je crois que nous pouvons dire que par l'ajustement de ses tendances agressives dans l'analyse, la sévérité de son Surmoi était réduite, les tendances génitales pouvaient s'exprimer et au lieu de l'angoisse inhibitrice, la décharge motrice dans la crise d'hystérie était rendue possible.

Nous voyons dans ce cas la transformation d'une forme de névrose dans une autre, le changement de la phobie en hystérie avec crise. Et dans ce contexte, un autre cas dont l'hystérie d'angoisse s'est muée en névrose obsessionnelle. La névrose obsessionnelle est habituellement capable d'obtenir une grande part d'absence d'angoisse par les formations de symptômes. Les pulsions obsessionnelles et leurs contre-investissements sont supprimés de la même manière du contenu primitif et toute la structure névrotique semblerait, de loin, être mieux organisée que dans ce cas.

Cependant, le sentiment de la compulsion intérieure et l'angoisse de mettre à exécution la pulsion obsessionnellement urgente ont ici, de manière catégorique, un caractère névrotique obsessionnel. Comme nous l'avons vu, la régression à la phase sadique-anale était dans ce cas le motif de la transformation des symptômes.

Dans notre dernier cas d'agoraphobie, d'autre part, la transformation des symptômes se produisait comme un résultat de l'affaiblissement des tendances de haine et de la sévérité du Surmoi due aux conditions favorables du transfert.


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lilie
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MessageSujet: Re: Les phobies à travers l'agoraphobie (Hélène Deutsch)   Mar 31 Mai - 15:35


LA PROJECTION D'UN DANGER INTÉRIEUR


Nous pouvons expliquer comme suit la relation de l'agoraphobie avec l'hystérie d'une part, et avec la névrose obsessionnelle d'autre part, à partir du matériel donné ci-dessus. Nous avons appris de Freud que la phobie, en vue de sa relation avec la phase génitale, doit être considérée comme une forme d'hystérie. A mon avis, nous avons affaire ici à des êtres chez qui le conflit ambivalent est plus aigu, les pulsions sadiques plus fortes qu'il n'est habituel dans la phase génitale.

Le fait que la phase génitale a été atteinte et maintenue empêche pratiquement la formation de symptômes obsessionnels ; mais la phase sadique-anale est encore capable d'exercer une attraction qui peut provoquer une rechute régressive et produire une transformation de la névrose hystérique en une maladie obsessionnelle (comme dans le cas dont nous venons précisément de parler), ou bien une variation de symptômes.

Dans certaines conditions, les pulsions refoulées seront mobilisées et la relation à l'objet tendrement aimé sera régressivement ramenée à l'identification antérieurement existante et fixée. Comme résultat de cette identification, les pulsions agressives mobilisées dans les mêmes conditions et qui sont dirigées contre cet objet identifié, sont tournées contre le Moi de façon à menacer son existence même.

Quand nous venons à discuter de la mélancolie, nous observons un processus similaire. Là, l'objet est introjecté et le Moi subit le destin de l'objet de par la pulsion de destruction : la menace de mort et sa réaction d'angoisse dans le Moi menacé. La différence est que dans l'agoraphobie l'identification se fait à un stade plus élevé du développement libidinal et qu'elle est ainsi temporaire et susceptible d'une adaptation. Elle ne se produit que dans certaines conditions et peut être éloignée par la présence de l'objet approbateur et aimant.

Cela est également vrai de la tendance agressive qui, mettant le Moi en danger mortel, peut néanmoins être fructueusement adaptée par la présence et la protection de l'objet. Je considère cette identification avec l'objet des tendances hostiles comme l'élément caractéristique de l'agoraphobie. Le sentiment de culpabilité peut être satisfait par le fait que dans le « retournement contre le Moi », ce dernier expérimente lui-même la menace de mort. Mais la tension entre le Moi et les agents menaçants dans le Surmoi ne sera relâchée que si la présence de l'objet protecteur confirme le fait que l'objet n'est pas en danger et n'a pas été déserté par le Moi.

Dans notre dernier cas, nous avons pu suivre dans le transfert la genèse de cette tension entre le Moi et le Surmoi. Elle tournait autour de deux identifications : l'une était liée à l'objet dégradé et les pulsions génératrices de danger constituaient le pont de l'identification. L'autre identification était liée à l'objet d'interdit sévère - la mère ascétique - dont la sévérité n'était cependant évoquée que par la situation de tentation dans la rue.

J'ai pu aussi observer des tendances exhibitionnistes contraignantes comme élément subsidiaire important. J'aimerais ajouter que ma dernière patiente était beaucoup plus exempte d'angoisse dans la rue quand elle fermait les yeux. Le fantasme actif et passif de la naissance avait une importance centrale, ce fantasme pour lequel le fait d’être éloigné de la maison et dans le monde avait une signification symbolique importante.

L'angoisse de l'accouchement en tant qu'élément du fantasme féminin-masochique est un héritage direct de l'angoisse de castration, et ce sont précisément les cas d'agoraphobie qui m'ont permis de voir clairement ce qui me paraît caractéristique dans l'évolution de la libido féminine en général. Le renoncement à l'envie du pénis est suivi par le vague désir d'une sorte de violation douloureuse, d'où le fait que le désir de castration et son successeur direct, le désir de défloration ou d'accouchement, acquièrent la même signification dans l'inconscient de la femme.

L'angoisse de castration non dominée se transforme en angoisse névrotique de défloration ou d'accouchement. On peut suivre nettement ce processus de transformation dans l'analyse d'agoraphobies. J'ai, en outre, l'impression que le fantasme masochique féminin de la naissance joue également le même rôle chez les agoraphobes masculins. Ces cas fournissent-ils une réponse complète à la question de savoir pourquoi l'angoisse ne se produit que dans la rue? Je n'en sais rien.

Bien entendu, il y a toujours une prédisposition à l'angoisse qui apparaît dans certaines conditions liées à la rue. Freud pensait que ces conditions se trouvaient d'une part dans la perte de la protection fournie par la maison et, d'autre part, dans les tentations de la rue. La tentation se produit là où la vie amoureuse est rabaissée à la prostitution par des facteurs régressifs; cela est conditionné en particulier par les tendances masochiques qui étaient assez claires dans les cas dont j'ai parlé.

La rue représente également un danger particulier pour les pulsions exhibitionnistes, qui étaient fortement représentées dans les cas que j'ai analysés. Un autre facteur déterminant important était le fantasme actif et passif de la naissance. En outre, la signification fortement libidinale des jambes et de l'acte de marcher, sur laquelle Abraham (1913) a attiré l'attention, jouait certainement aussi un rôle. Si nous comparons tous ces cas de phobie, nous verrons que leur terrain commun se trouve dans le fait que le danger intérieur est projeté à l'extérieur et rattaché à une situation ou à un objet particuliers. Dans la phobie animale, un animal approprié est choisi pour personnifier le danger et dans l'agoraphobie, c'est une partie de l'univers.

Le Moi est ainsi capable de substituer un danger réel, donc évitable, à un danger inconscient, donc inévitable. En outre, par la réalisation de certaines conditions, le Moi peut obtenir l'absence d'angoisse. Dans le cas de la phobie animale, elles consistent en un simple évitement; dans l'agoraphobie, c'est la présence de l'objet d'une agression écartée qui permet à l'agression de se rattacher à une pulsion libidinale et de réduire ainsi les dangers créateurs d'angoisse pour le Moi.

Source: http://www.megapsy.com/autres_bibli/biblio029.htm

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Steph
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MessageSujet: Re: Les phobies à travers l'agoraphobie (Hélène Deutsch)   Mar 31 Mai - 23:20

J'ai lu l'article, j'ai trouvé certains passages interessants.
Malheureusement, il y a pas mal de choses qui m'échappent comme tout le côté libido, génital, etc....Je ne saisi pas vraiment le rapport avec l'ago, j'aurai sans doute besoin d'un peu plus d'explication.
Sinon je me retrouve assez bien dans le cas du confli avec la mère et le fait de lui en vouloir.....etc, il y a quelques phrases qui me font réfléchir effectivement.

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lilie
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MessageSujet: Re: Les phobies à travers l'agoraphobie (Hélène Deutsch)   Mar 31 Mai - 23:51

Je suis un peu pareil, limite je trouve que les titres sont presque plus efficaces dans la conception que j'ai des choses que l'article en profondeur.
La psychanalyse pour moi, c'est quelques trucs de philo en terminale, bien bien loin donc... et surtout l'inconscient, stade orale, anal ok mais je sais rien de plus. Faudrait que je nous trouve un résumé des termes (genre surmoi et le reste...).

Ça me pose néanmoins des questions sur certains points, mais le reste (je sais pas si c'est pas conviction ou manque de culture ) me semble très alambiqué. Et surtout, même si tout était relié à la sexualité de l'enfance (pourquoi pas...), en quoi décortiquer tout ça de cette manière pourrait-il aider à combattre les symptômes?

Par contre (en dehors de deux faits importants pour moi: ça parait trop long quand on est enfermé chez soi ET quand on n'a pas un rond on a pas accès à ce genre de thérapies non-prises en charge et hyper chères), ça détend un peu de voir l'agoraphobie classée dans les névroses et surtout qu'on propose en traitement l'analyse, la parole.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Les phobies à travers l'agoraphobie (Hélène Deutsch)   Ven 23 Sep - 0:51

Je viens de lire jusqu’à " une rivalité avec une mère " inclus


Bien-sur je n'ai pas tous compris mais ce que j'ai compris cogite dans ma tête ... la suite demain !
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Vicra45



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MessageSujet: Re: Les phobies à travers l'agoraphobie (Hélène Deutsch)   Lun 22 Oct - 17:11

moi j'ai lu anal et je me suis arreté ... presque imbuvable cette analyse freudienne de l'agoraphobie, il y a des choses qui parlent c'est certain mais je sais pas si ca moi ou le texte je pige pas tout
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lilie
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MessageSujet: Re: Les phobies à travers l'agoraphobie (Hélène Deutsch)   Lun 22 Oct - 19:39

Je suis d'accord avec toi, il y a des choses qui parlent mais d'autres très difficiles à comprendre me concernant

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